Même pâte, même geste. Choisissez dans la barre en haut de la
page : le titre, le chapeau, les ingrédients et les étapes suivent. Sept des
douze se font sans une goutte d’alcool.
Naturesans alcool
Aucun ajout. C’est la pâte dans laquelle on goûte vraiment la farine, le beurre
et l’œuf — et la seule à faire quand les crêpes sont pour des enfants ou pour
quelqu’un qui ne boit pas d’alcool.
Si elle vous paraît plate, le problème n’est pas le parfum manquant mais le sel
et le beurre : passez à 50 g de beurre demi-sel et ajoutez une pincée
de sel même avec. Un zeste de citron jaune râpé fait aussi très bien l’affaire,
sans rien alcooliser.
À servir avec : sucre et citron, le test ultime d’une
bonne pâte.
Zeste de citronsans alcool
Le zeste d’un citron jaune pour 250 g de farine, râpé finement et ajouté
avec le beurre fondu. C’est le parfum sans alcool le plus net : il ne
masque rien, il réveille. Et il met dans la pâte ce qu’on met d’habitude dessus.
Deux précautions. Prenez un citron non traité, puisque vous mangez
l’écorce, et ne descendez pas jusqu’au blanc, qui est amer — une râpe fine et un
geste léger. Surtout, pas de jus dans la pâte : l’acide citrique fait
cailler le lait, vous obtiendriez des grains. Le jus va sur la crêpe cuite, au
moment de servir.
À servir avec : sucre fin et un filet de jus, ou une
larme de crème épaisse.
Beurre noisetteaucun ingrédient de plus
Le seul parfum de cette liste qui n’ajoute rien : on prend les 50 g de
beurre de la recette et on les laisse cuire 2 à 3 minutes au lieu de les
fondre. La mousse retombe, les protéines du lait grillent au fond de la casserole
en points bruns, et l’odeur devient franchement celle de la noisette.
C’est une réaction de Maillard sur la caséine, pas une caramélisation du
beurre : d’où l’intérêt d’un beurre non clarifié, qui contient ces
protéines. Utilisez une casserole à fond clair pour voir la couleur venir, et
retirez du feu dès que vous sentez la noisette — passé ce point on file vers le
beurre noir, qui est amer. Les points bruns vont dans la pâte : c’est eux
qui portent le goût.
Dernier avantage : il se combine à tous les autres. Un beurre noisette avec
le rhum, ou avec la vanille, c’est encore mieux.
À servir avec : sucre simple, miel, ou rien du tout.
Rhum ambréla bretonne
2 c. à s. pour 250 g de farine, ajoutées avec le beurre fondu, après le
lait. C’est le parfum de référence des crêperies : il ne domine pas, il arrondit
le goût du beurre et donne cette odeur qu’on reconnaît en entrant dans la pièce.
Prenez un rhum ambré plutôt qu’un blanc, pour les notes vanillées du
vieillissement en fût. L’essentiel de l’alcool s’évapore à la cuisson, mais pas
tout : voyez la variante Nature pour les enfants.
À servir avec : sucre simple, caramel au beurre salé,
confiture d’abricot.
Grand Marnierla Suzette
3 c. à s. et le zeste d’une demi-orange non traitée, avec le beurre fondu.
Le Grand Marnier est un cognac à l’orange amère : il apporte les deux à la
fois, l’agrume et la chaleur de l’eau-de-vie. C’est la pâte des crêpes Suzette.
Pour aller jusqu’au bout de la Suzette, faites fondre dans la poêle 50 g de
beurre, 50 g de sucre et le jus de l’orange, pliez la crêpe dedans en quatre, puis
flambez avec 2 c. à s. de Grand Marnier chauffé à part. On flambe hors du feu,
hotte éteinte, et jamais en versant depuis la bouteille.
À servir avec : suprêmes d’orange, zeste confit,
glace vanille.
Vanille Bourbonen gousse, infusée
1 gousse pour 250 g de farine. Fendez-la dans la longueur, grattez les
graines, et mettez graines et gousse dans le lait tiède. Laissez infuser
20 minutes, retirez la gousse, puis versez ce lait dans la pâte comme d’habitude.
Le repos d’une heure continue l’infusion.
« Bourbon » désigne l’origine — Madagascar, La Réunion, les Comores —
et non un whiskey : c’est la vanille la plus parfumée, à l’odeur de cacao et
de fruits secs. Rien à voir avec l’arôme vanille en flacon, qui donne un goût de
bonbon. Une gousse coûte cher ; rincez-la, séchez-la et plantez-la dans votre
pot de sucre, elle resservira.
À servir avec : chantilly, pommes poêlées, sucre
vanillé maison.
Fleur d’oranger1 cuillère, pas deux
1 c. à s., pas davantage, ajoutée avec le beurre fondu. C’est le parfum le
plus facile à rater par excès : au-delà d’une cuillère, l’eau de fleur
d’oranger tourne au savon et on ne peut plus la rattraper. Goûtez la pâte crue du
bout du doigt avant d’en rajouter — et n’en rajoutez probablement pas.
Vérifiez l’étiquette : « eau de fleur d’oranger » obtenue par
distillation, et non « arôme ». La différence de prix est faible, celle
de goût est énorme.
À servir avec : miel, amandes effilées, un thé à la
menthe.
Calvadosla normande
2 c. à s. avec le beurre fondu. Le calvados est plus sec et plus mordant
que le rhum : la pâte garde un fond de pomme et d’eau-de-vie qui tient tête
aux garnitures sucrées, là où le rhum se laisserait couvrir.
À faire en duo avec des pommes : coupez deux reinettes en quartiers,
poêlez-les au beurre et au sucre, garnissez, et flambez au calvados hors du feu.
Du cidre brut remplace très bien le lait dans le même esprit — 15 cl sur les
50 cl, comme la variante à la bière.
À servir avec : pommes poêlées, caramel, une bolée de
cidre brut.
Cidre brut15 cl en place du lait
15 cl de cidre brut en remplacement de 15 cl du lait, versés en dernier,
juste avant le repos. C’est la version la plus bretonne de toute cette page :
la même bouteille qu’on sert dans la bolée à côté finit dans la pâte.
Brut, pas doux — un cidre doux sucrerait la pâte et la ferait brûler plus
vite. Deux effets à l’arrivée : les bulles allègent et creusent la crêpe,
comme avec la bière, mais l’acidité resserre très légèrement le gluten. La crêpe
est donc un peu plus tenace, ce qui est précisément ce qu’on veut quand on la
garnit, qu’on la plie en quatre et qu’on la reprend à la fourchette.
Pour la version normande complète, faites-le avec le calvados : cidre dans
la pâte, pommes poêlées dedans, calvados pour flamber.
À servir avec : pommes au beurre, caramel au beurre
salé, et le reste de la bouteille.
Farine de châtaigneun tiers de la farine
Comme le cacao, ce n’est pas un parfum mais une substitution : 80 g de
farine de châtaigne pour 170 g de froment, tamisées ensemble. Descendez le
sucre à 20 g, la châtaigne en apporte naturellement. Le goût est celui du
sous-bois et du miel, assez présent pour qu’on n’ait plus besoin d’alcool.
Un tiers, et pas plus. La châtaigne n’a pas de gluten : au-delà, la
pâte n’a plus rien pour tenir et la crêpe se déchire à l’étalage. Elle boit aussi
davantage que le froment, donc 5 cl de lait de plus, et elle s’agglomère en
paquets si on ne la tamise pas.
C’est la farine des pays de châtaigniers — Corse, Ardèche, Cévennes — où elle a
longtemps remplacé le blé. Elle coûte cher et rancit vite : achetez-la en
petite quantité et gardez-la au frais.
À servir avec : crème de marrons, miel de châtaignier,
chantilly à peine sucrée.
Cacaola pâte change
Ici on ne parfume pas, on remplace : 25 g de cacao amer prélevés sur les
250 g de farine, donc 225 g de farine et 25 g de cacao, tamisés
ensemble. Ajoutez 10 g de sucre en plus, le cacao non sucré étant très
amer.
Deux conséquences à la cuisson. La pâte est plus sèche : comptez 5 cl de
lait supplémentaires si le ruban ne coule pas. Et la crêpe étant déjà brune, vous
ne verrez plus le brunissement : fiez-vous au temps et aux bords qui se
décollent, pas à la couleur.
À servir avec : poires pochées, chantilly,
éclats de noisette.
Bière blondedentelées et légères
15 cl de bière blonde en remplacement de 15 cl du lait (le reste de la
recette ne change pas). Le gaz carbonique allège la pâte et creuse de petits
trous à la cuisson : la crêpe devient dentelée, presque croustillante sur
les bords.
Une blonde légère, pas une IPA — l’amertume du houblon ressort à la cuisson.
La pâte mousse en la versant : c’est normal, le repos d’une heure la fait
retomber. Versez la bière en dernier, juste avant le repos, pour ne pas perdre
tout le gaz au fouet.
À servir avec : sucre, citron, ou en version salée avec
du fromage frais.
Les autres alcools qui marchent
Cognac, armagnac, whisky (bourbon compris), kirsch, Cointreau, limoncello,
Chartreuse : tous s’emploient comme le rhum, 2 c. à s. pour 250 g de
farine, ajoutées avec le beurre fondu. Au-delà de 3 cuillères, quel que soit
l’alcool, la pâte cuit moins bien et le goût d’eau-de-vie couvre tout le reste.